11 juillet : L'homélie de ce dimanche

Publié le par Paroisses de Fresnay, Oisseau et Sougé

Un simple bâton de marche...
...vraiment !?
 
Frères et sœurs bien aimés, alors que les vacances ont commencé pour les plus jeunes et pour certains parmi nous, voici des lectures qui viennent nous secouer de la torpeur estivale –même s’il faut reconnaître que la météo actuelle nous fait plus penser à la Toussaint qu’au mois de juillet.
 
Voici d’abord le prophète Amos. Disons-le franchement : il n’est pas à la fête ce matin. Il se fait proprement virer, chasser, évacuer : « Va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda. Là-bas, tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. » En gros –mais vous reconnaîtrez là une traduction propre à votre curé : « Disparais, dégage, fiche le camp : va raconter tes salades ailleurs ! » Et celui qui le met à la porte, qui le somme de prendre ses cliques et ses claques, ce n’est rien de moins qu’Amazias, le grand-prêtre du sanctuaire de Béthel, un représentant de l’autorité. Et notre pauvre Amos de protester, de tenter de se justifier devant ce grand ponte qui lui indique la sortie : « Attention, il y a erreur sur la marchandise : je ne suis pas prophète, ce n’est pas mon job ! Le Seigneur m’a appelé et moi j’ai répondu, c’est tout… » Eh oui, le Seigneur appelle qui Il veut à son service. Il appelle Amos qui s’occupait de ses bœufs et de ses sycomores, il vous appelle vous, il m’appelle moi, bref tous ceux qui sont disponibles. Et parfois, ça foire, ça ne marche pas... Amos en a fait les frais... mais, rappelez-vous le passage d'Evangile de dimanche dernier : Jésus aussi...
 
Deuxième couche avec l’Evangile : nous faisons un sacré bond dans le temps, puisque nous passons du VIIIème siècle avant Jésus-Christ –l’époque à laquelle a vécu Amos, notre prophète malgré lui- au tout début du Ier siècle, au moment où Notre Seigneur envoie Ses apôtres en mission. Les parents qui envoient leurs enfants en colonies de vacances ou en camp scout doivent un peu halluciner en voyant la liste des affaires à prendre… ou plutôt à ne pas prendre. Là où un directeur de camp, dûment breveté BAFA et BAFD, ou une cheftaine d’unité zélée recommande d’apporter des tongs pour la douche, trois t-shirts de rechange, voire deux pyjamas, le Seigneur Jésus, Lui, est pour le moins minimaliste : un bâton… e basta ! J’imagine la mère de famille qui prépare le sac de voyage de son fils ou de sa petite louvette qui part en camp, quelque peu décontenancée : « Ce n’est pas possible : il y a un bug, un oubli : ils n’ont pas tout imprimé ! Je ne vais pas te laisser partir seulement avec un bâton de marche ! Je vais les appeler : tu vas voir, ça va s’arranger ! »
2 pantalons, 2 bermudas, 1 maillot de bain, 2 pyjamas : parés pour 3 semaines de colo !
 
Sauf que là, il ne s’agit pas de colonies de vacances pour les Douze, mais d’un départ en mission : ils sont chargés de préparer la venue de Jésus dans les villages et les contrées. Et c’est bien Lui qu’ils annoncent. Ils vont réaliser, grâce à la force, à la puissance que Jésus leur accorde, des miracles, des actions éclatantes : notamment chasser les esprits impurs –et nous savons que cela va marcher au-delà de toute espérance puisqu’à leur retour, saint Luc précise que Jésus leur déclarera : « je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair. » C’est donc le Seigneur qui donne les règles du jeu : « deux par deux », « les sandales » aux pieds, une « tunique » sur le dos et « un bâton » en main. Le reste, visiblement, c’est du superflu… Pourquoi un « bâton », et pas une couverture, ou un sac, ou un pique-nique ? Retournons dans le passé, mais bien, bien avant notre Amos de tout à l’heure, cette fois au XIIIème siècle avant la naissance du Sauveur. Nous voici avec Moïse. Vous me voyez venir, n’est-ce pas !? C’est un bâton que le patriarche étend sur la Mer rouge, le même bâton qui témoigne de la toute-puissance de Dieu : « Quant à ce bâton, prends-le en main ! C’est par lui que tu accompliras les signes. » [Ex 4, 17] C’est ce bâton, brandi par Aaron, qui s’est transformé en serpent devant Pharaon et ses magiciens païens [Ex 7, 9-12] puis qui a transformé l’eau du Nil en sang [Ex 7, 15-20] : allez relire le chapitre 7 du Livre de l’Exode ! Et si vous continuez la lecture, vous verrez que c’est par la force qui émane de son bâton que Moïse enchaîne les différentes plaies d’Egypte. Et c’est encore lui qu’il tiendra en main lors du combat contre les Amalécites [Ex 17, 9] ou pour frapper le rocher d’où jaillira l’eau qui pourra désaltérer le peuple assoiffé [Nb 20, 8-11].
 
Le bâton que les apôtres tiennent fermement en main, ce bâton explicitement recommandé par Jésus pour cette mission, c’est Son autorité, Sa force, Sa puissance. C’est le bâton, la crosse sur laquelle s’appuient nos évêques : leur force, leur autorité, c’est le Christ dont ils tiennent leur mission. Et moi, comme prêtre, quand je bénis, quand je trace un signe de croix sur une statue, quand j’absous les péchés d’un pénitent qui se confesse, quand, à la Messe, je consacre le pain et le vin qui deviennent vraiment le Corps et le Sang de Jésus, c’est par la force de Dieu que j’agis. C’est bien Lui qui est à l’œuvre à travers mes paroles et mes gestes. Le missionnaire s’appuie sur la force de Dieu, il sa fait instrument entre les mains du Tout-Puissant. Depuis mon ordination, je suis envoyé en mission, aujourd’hui en Nord-Sarthe, demain auprès de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris. Le Seigneur ne s’appuie pas sur mes mérites, sur mes qualités. Certes, Il S’en sert, mais c’est bien Lui qui agit, qui est à l’œuvre.
 
Mes frères, il en est de même pour vous : tout chrétien engagé, qui vit véritablement de sa foi, qui, concrètement, vient à la Messe tous les dimanches, est un missionnaire, un témoin du Christ ressuscité. Arrêtons de dire : « Moi, je ne suis pas capable d’évangéliser, d’annoncer Jésus, Fils de Dieu. » Sans doute que c’est vrai, que c’est exact. Sauf qu’il suffit de laisser agir Jésus en nous, à travers nous. Et ça, ça change tout ! « Ma force agit dans ta faiblesse » avons-nous entendu la semaine dernière. Alors, continuons à nous reconnaître tout-petits, faibles, pas vraiment fortiches. Pas question de nous complaire dans nos limites mais soyons tout simplement lucides : le Seigneur travaille à travers nous et rien que ça, c’est un motif de joie, d’action de grâce !
Corinne SIMON/CIRIC
Bon été mes frères, au service du Seigneur, en Le laissant déployer Sa toute-puissance à travers nous. Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir : peut-être que nous, si nous acceptons d’être instruments entre les mains de Dieu, nous serons évangélisateurs, témoins du Christ sans le savoir… jusqu’au jour où nous le découvrirons lors de la grande Rencontre au Ciel…

Publié dans Homélie

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